Entretien avec Johanna Perret, artiste peintre, autour de cette exposition révélant la montagne et le questionnement environnemental du lieu par le prisme de l’artiste et la technique du glacis. Intro par Giulia Turati, resp. du lieu d’art et calendrier des temps forts-animations par Jonathan Ferrara, médiateur du lieu d’art.

« Johanna Perret peint la chaîne des Alpes. Les montagnes sont son terrain d’exploration et de création : les hauts sommets majestueux, tout comme les constructions issues de l’industrialisation et du tourisme — traces visibles et irréversibles de la transformation (presque) aboutie de cet écosystème de plus en plus fragile.
Peintre de l’entre-deux et de l’ambiguïté, elle mélange des références scientifiques, mais aussi cosmologiques ou littéraires. Loin de fétichiser savoirs et croyances ancestraux, l’artiste relie ces intuitions et connaissances aux notions acquises aujourd’hui. Elle se place volontiers au cœur des paradoxes : elle présente la nature du xxıe siècle, avec des nuances et des teintes toujours artificielles, tout en s’inscrivant dans une temporalité vaste — parfois archaïque — à travers ses techniques et ses repères.

Artiste de la brume et du crépuscule, mais aussi de la lumière et de la couleur, elle nous offre des images où les sujets se découvrent au gré de leur exposition, tantôt apparaissant, tantôt en train de disparaitre…
C’est la précarité de la perception qui conditionne notre ressenti face à ses tableaux : nous demeurons dans une forme d’impossibilité de tout saisir, en suspension entre une figure qui émerge et une autre qui s’éclipse. Et quand elle expérimente l’abstraction, c’est le pigment qui fait corps et qui brouille notre appréhension de la profondeur ou de la perspective.

Sa peinture surgit dans une zone réversible où la poésie cède le pas à la raison, où les contes deviennent éléments d’alerte climatique où les constats se muent en rêves. Somme toute, ce qui réunit le mythe et la science, c’est l’exercice du doute et la recherche de l’étonnement. Par son pinceau, Johanna Perret laisse entrevoir ces zones où l’ombre est aussi lumière et où le réel s’estompe dans l’imaginaire. » Le lieu d’art